Max Jacob – Painting

The Pont Neuf is where the fair is. Women's make-up, tomatoes,
radishes, peonies, everything is in red, except for eggs and cheeses.
Acrobats are flying on trapezes and for a moment they hide the sun.


(Peinture.


C'est sur le Pont Neuf que se tient la foire. Fard des femmes, tomates,
radis, pivoines, tout est en rouge, sauf des oeufs, des fromages. Sur
des trapèzes volent les acrobates qui cachent un instant le soleil.)

Max Jacob, Quimper, 12 July 1876 – 5 March 1944

Francis Ponge – Le Pain (Bread)

La surface du pain est merveilleuse
d'abord à cause de cette impression quasi panoramique
qu'elle donne : comme si l'on avait à sa disposition
sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère
des Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer
fut glissée pour nous dans le four stellaire, où
durcissant elle s'est façonnée en vallées,
crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans
dès lors si nettement articulés, ces dalles
minces où la lumière avec application couche
ses feux, – sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a
son tissu pareil à celui des éponges : feuilles
ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées
par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit
ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles
se détachent alors les unes des autres, et la masse
en devient friable… Mais brisons-la : car le pain doit
être dans notre bouche moins objet de respect que
de consommation.

(Francis Ponge, Montpellier, 27 March 1899 – 6 August 1988)

The crust on a loaf of French bread is a marvel, first off, because of the almost panoramic impression it gives, as although one had the Alps, the Taurus range, or even the Andean Cordillera right in the palm of the hand.
In that light, an amorphous belching mass was slipped into the stellar oven on our behalf, and there while hardening, it molded into valleys, ridges, foothills, rifts…And from then on, all those clearly articulated planes, all the wafer-thin slabs where light takes care to bank its rays – without a thought for the disgraceful mush beneath the surface.
That cold soggy substratum, the doughy innards, consists of a sponge-like tissue; there flowers, leaves are fused together at every bend like Siamese twins. When the bread grows stale, the flowes wither and shrink, they come apart from one another and the whole thing goes to crumbs.
But let's cut short here. For bread should be mouthed less as an object of respect than of consumption.

(Translated by Lee Fahnestock, The Nature of Things, Red Dust Inc.)

Arthur Rimbaud – Au Cabaret Vert

cinq heures du soir

Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure !
Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,

Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
D’ail, et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

(Arthur Rimbaud, Charleville, 20 October 1854 – 10 November 1891)

Wearing out my shoes, 8th day
On the bad roads, I got into Charleroi.
Bread, butter, at the Green Cabaret
And the ham half cold.

Got my legs stretched out
And was looking at the simple tapestries,
Very nice when the gal with the big bubs
And lively eyes,

Not one to be scared of a kiss and more,
Brought the butter and bread with a grin
And the luke-warm ham on a colored plate,

Pink ham, white fat and a sprig
Of garlic, and a great chope of foamy beer
Gilt by the sun in that atmosphere.

(translation by Ezra Pound)

Yves Bonnefoy – La Chambre

Le miroir et le fleuve en crue, ce matin,
S’appelaient a travers la chambre, deux lumières
Se trouvent et s’unissent dans l’obscur
Des meubles de la chambre descellée.

Et nous étions deux pays de sommeil
Communiquant par leurs marches de pierre
Où se perdait l’eau non trouble d’un rêve
,
Toujours se reformant, toujours brisé.

La main pure dormait près de la main soucieuse.
Un corps un peu parfois dans son
rêve bougeait.
Et loin, sur l’eau plus noire d’une table,
La robe rouge éclairante dormait.

(Yves Bonnefoy – Tours, 24 June 1923)

(The mirror and the river in flood, this morning,
Called to each other across the room, two lights
Appear and merge in the obscurity
Of furniture, within the unsealed room.

We were two realms of sleep, communicating
Through their courses of stone, where the untroubled
Water of a dream dispelled itself,
Forever recomposed, forever broken.

The pure hand slept beside the unquiet hand.
A body shifted slightly in its dream.
Far off, upon a table’s blacker water,
Glittering, the red dress lay asleep.)

Translation – Emily Grosholz